Le secteur de l’impression numérique est confronté à un défi majeur : trouver le juste équilibre entre une qualité d’impression élevée et le développement durable. La technologie d’impression « Direct-to-Film » (DTF) pour les vêtements a considérablement gagné en popularité ces dernières années. Mais dans quelle mesure cette méthode est-elle réellement durable ?

Pour l’impression de produits dérivés, de vêtements de travail et de t-shirts en petites séries, une seule technologie semble actuellement s’imposer dans le domaine de l’impression numérique : le DTF. Mais est-elle également durable ? Cet article examine cette question sous différents angles.

« Le DTF offre sans aucun doute de nombreux avantages », déclare notamment Andree Bölkow, directeur général d’easy inks GmbH. Son entreprise a été l’une des premières en Europe à fabriquer sur place des encres DTF à base d’eau et à proposer des films DTF et des adhésifs de transfert adaptés. « Cela commence déjà par le fait que, pour le DTF, on peut souvent continuer à utiliser des imprimantes existantes », explique M. Bölkow. « Aucun nouveau matériel n’est donc nécessaire, ce qui permet d’économiser des ressources. De plus, comme le DTF fonctionne bien sur toutes les fibres courantes du marché, la plupart des prestataires d’impression ne ont plus besoin que d’un seul système pour l’impression sur vêtements.

« Il faut toutefois garder à l’esprit que, comparées aux machines d’impression sérigraphique ou offset, par exemple, de nombreux systèmes d’impression numérique ne sont conçus que pour une durée d’utilisation relativement courte, ce qui relativise quelque peu cette affirmation », fait-il remarquer. « En revanche, elles consomment nettement moins d’énergie par produit imprimé qu’une presse analogique à haut rendement qui ne tourne pas à pleine capacité. »

La technologie DTF convient également aux vêtements de sport, mais surtout aux fibres naturelles. Photo : Sonja Angerer / KI

Utilisation de produits chimiques et d’eau chez DTF

En tant que technologie d’impression numérique, le DTF offre des avantages similaires à ceux de l’impression par transfert par sublimation numérique et du DTG (Direct-to-Garment) en matière de consommation d’eau et de produits chimiques. En effet, aucun support d’impression n’est nécessaire. Cela permet non seulement de réduire la consommation de matériaux, mais aussi d’éviter l’utilisation de produits chimiques et de solvants à haut risque, tels que ceux qui sont nécessaires, par exemple, pour l’encrage et le décapage des écrans. Les employés sont ainsi moins exposés à des risques pour leur santé.

De plus, l’impression numérique permet de produire sans difficulté des petites séries et des vêtements personnalisés. Grâce à une production optimisée, il n’y a pratiquement pas de déchets liés aux épreuves ou aux impressions ratées. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire de constituer d’importants stocks de textiles pour lesquels il se pourrait qu’aucun acheteur ne se présente.

En effet, de plus en plus d’entreprises produisent des vêtements « à la demande », c’est-à-dire uniquement lorsqu’une commande client a été passée. Ne serait-ce que pour des raisons de temps, cette production s’effectue généralement à proximité. C’est-à-dire en Europe du Sud et de l’Est plutôt qu’en Extrême-Orient. Cela permet de réduire les émissions de CO₂ liées au transport. De plus, cela permet de créer des emplois précieux dans l’industrie et le secteur manufacturier, ce qui renforce les communautés locales : cela fait également partie du développement durable.

Par rapport à l’impression textile « classique » sur rouleau, qu’elle soit numérique ou analogique, les techniques DTF, mais aussi DTG et l’impression par sublimation, nécessitent nettement moins d’eau. En effet, les vêtements ne sont pas débarrassés de l’encre éventuellement excédentaire chez le fabricant. C’est le client final qui s’en charge lorsqu’il lave son nouveau t-shirt avec le reste de son linge sale.

« En tant qu’encre à base d’eau, l’encre DTF ne contient en outre aucun solvant hautement volatil susceptible de présenter un risque pour la santé », explique M. Bölkow. « Toutefois, l’encre DTF contient également de nombreux produits chimiques, tels que des agents destinés à empêcher la sédimentation, des biocides et, bien sûr, des colorants. Comme toute encre d’impression numérique, l’encre DTF doit être utilisée avec prudence et éliminée de manière responsable. »

Contrairement à l’impression DTG et à l’impression par sublimation, qui ne peuvent généralement être utilisées que sur des fibres synthétiques, l’impression DTF fonctionne également très bien sur les vêtements en coton et autres fibres naturelles. Elle ne nécessite même pas d’apprêt, contrairement à ce qui est habituellement le cas avec l’impression DTG. De plus, l’impression DTF permet également de décorer des vêtements en fibres naturelles, ce qui évite de rejeter des microplastiques supplémentaires dans l’environnement.

Grâce à la technologie DTF, les t-shirts peuvent être fabriqués sur place et à la demande, ce qui est plus durable que la fabrication traditionnelle. Photo : Sonja Angerer / IA

DTF et les déchets

En tant que procédé de transfert, le DTF génère, à l’instar de l’impression par sublimation, une quantité considérable de déchets. Les films DTF sont toutefois généralement composés de PET, un matériau facilement recyclable. Cela suppose toutefois un tri sélectif chez le transformateur. « À l’échelle nationale, les réglementations relatives à l’élimination des déchets de production et des déchets industriels varient considérablement », déplore M. Bölkow. « De ce fait, on ne peut exclure que même les films DTF soigneusement triés finissent par être incinérés. Ce n’est bien sûr pas très durable. C’est pourquoi on ne peut malheureusement pas non plus qualifier le DTF de partenaire idéal en matière de durabilité. »

Dans le domaine du DTF, les systèmes de recharge à l’aide de flacons sont courants, ce qui permet de réduire les déchets plastiques ainsi que les déchets électroniques liés aux puces d’encre, par rapport aux cartouches habituellement utilisées dans l’impression grand format. Toutefois, certains fabricants proposent depuis peu des imprimantes DTF équipées de cartouches.

Le partenaire idéal ou un véritable cauchemar avec le DTF ?

En tant que procédé d’impression numérique, le DTF peut contribuer de manière significative à réduire l’impact négatif de l’industrie de la mode sur l’environnement. Selon le Parlement européen, chaque citoyen de l’UE génère chaque année 270 kilogrammes d’émissions de CO₂ pour satisfaire ses besoins en vêtements. L’industrie textile figure ainsi parmi les secteurs ayant la plus grande empreinte écologique au monde.

En tant que procédé polyvalent dans le domaine de l’impression sur vêtements et permettant de produire de petites séries sur place, à la demande des clients, le DTF présente donc de nombreux avantages lorsqu’il s’agit de produire de manière plus écologique.

Il ne faut pas non plus sous-estimer l’influence positive que le DTF peut avoir sur les communautés locales. Ce procédé permet aux artistes et aux entreprises locales de fabriquer, à moindre coût, des produits personnalisés arborant des motifs nouveaux ou traditionnels.

Le traitement des déchets générés (également) par l’impression DTF reste toutefois un problème. À cet égard, le rôle de l’utilisateur est également déterminant. En effet, celui-ci peut contribuer de manière significative à minimiser les impacts environnementaux négatifs liés à l’impression DTF grâce à des processus optimisés, à une utilisation efficace des films et à un tri sélectif des déchets de production.

On peut donc dire que, pour l’instant, la technologie DTF n’est ni la solution idéale ni un cauchemar en matière de développement durable. Il appartient à tous – développeurs de matériel, fabricants de consommables et utilisateurs – de veiller à ce que l’impact environnemental négatif de la technologie DTF continue de diminuer.